Dans l’ordre chronologique :

  • la grande case de bois la plus répandue, au volume simple, héritière des maisons rurales de l’Ouest de la France,
  • les modèles importés en dur de style indo-portuguais,
  • et enfin, celui qui semble s’imposer (la case créole), une sorte de symbiose des deux précédents.


L’habitat en bois l’emporte donc mais en ayant intégré dans sa typologie des notions de confort et d’affirmation sociale provenant des exemples « Pondichériens ».
Et même s’il reste peu d’édifices pouvant confirmer cette hypothèse, il est évident qu’il a existé avant l’avènement du néo-classicisme, une typologie déjà définie.
En effet, l’habitat qui marque, de la fin du 18ème siècle à la Départementalisation (1946), le paysage architectural de l’île est issu essentiellement de ce mouvement néo-classique colonial touchant la Réunion à partir de 1790.
Pourtant, il n’est pas arrivé du jour au lendemain, comme un remède à un habitat local triste et pauvre, pour apporter enfin une architecture digne à une société de planteurs avide de raffinement.

Les dernières années de l’Ancien Régime sont caractérisées par une économie de plantation à son apogée. On est donc en présence d’une société coloniale à un moment phare de son histoire, et qui l’exprime. Les commentaires des voyageurs de l’époque sont unanimes pour décrire le train de vie de cette aristocratie créole. On ne voit donc pas comment ce monde de grands planteurs, déjà imprégné des comptoirs des Indes, qui envoie ses enfants dans les collèges français et étrangers, mettant un point d’honneur à égaler l’île de France voisine (île Maurice actuelle), ait pu négliger une affirmation sociale par le biais de l’architecture. La maison Bel-Air au Tampon en est un exemple, mais malheureusement a dû subir bon nombres de restauration. Il subsiste cependant un autre édifice dont la datation n’est pas certaine, mais que l’on peut vraiment supposer appartenir au 18ème siècle pré-néo-classique. Il est situé dans les Hauts de la ville de Saint-Pierre, à proximité de l’ancienne usine sucrière des Kerveguen.
Le bâtiment présente un shéma intéressant d’un noyau ancien sur lequel est venu se greffer un élément plus récent, ayant au moins autant pour but de l’ennoblir que de l’agrandir. Le noyau ancien se distingue par l’affleurement d’un toit en croupe en arrière-plan. On est là en présence d’un cas typique de bâtiment simple, d’un volume en parallélépipède comme il en existe dès 1750.
Ce dernier s’est vu tout simplement pourvu d’un avant-corps avec varangue, débordant très largement sur les côtés, qui offre au regard, une superbe façade créant une parfaite illusion sur la taille réelle de la maison. Celle-ci, de face, laisse tout juste apparaître en second plan, l’existence d’un petit toit mais, vue de côté, dévoile la minceur de cette façade, accolée comme un leurre sur l’ancien édifice. Ceci est d’autant plus frappant qu’un autre ajout de même type est venu se greffer à l’arrière de la maison, soulignant le creux entre les deux parties rapportées. Il est même curieux qu’une varangue ne soit pas venue ultérieurement combler ce vide, la nouvelle enveloppe absorbant alors totalement le noyau d’origine comme cela se verra dans plusieurs autres cas.

Cet exemple est un avant-goût d’un phénomène se développant essentiellement au début du 19ème siècle, entre 1800 et 1820, et qui verra la plupart des grandes cases issues du 18ème siècle dotées de somptueuses façades masquant leur simplicité d’origine. C’est un moment marquant de l’histoire architecturale de l’île car elle caractéristique de cette période où l’on ne veut plus du style austère et fonctionnel hérité des charpentiers de Marine, mais où l’on n’a pas encore introduit les éléments antiques du néo-classicisme.

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Le néo-classicisme va bien sûr trouver dans cette typologie, un merveilleux terrain d’élection. Mais on ne retrouvera plus que très rarement, une telle perfection dans la simplicité des lignes. En cela, on peut dire que cette typologie est l’aboutissement d’une histoire stylistique insulaire sans rupture. Le néo-classicisme va en être une, car lié à l’arrivée dans l’île, d’une nouvelle vague d’immigration qui l’apporte avec elle et l’impose. Bien sûr, cela ne sera pas une rutpture douloureuse, bien au contraire d’ailleurs, puisque la greffe sera rapide et particulièrement réussie.
Jusqu’à présent, l’habitat Bourbonnais, avec au départ une forme admise venue d’Europe, avait puisé ses références dans son environnement de l’Océan Indien. A l’aube du 19ème siècle, c’est un nouveau mouvement venu de France qui le renouvelle et le relance.

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